[g]En attendant VOS témoignages et vos pensées du moment, vos souvenirs peut-être, je vais ici raconter mon parcours.
Pour conserver mon anonymat absolu, je changerai les noms.
J'étais une petite fille très joviale et sociable, je faisais partie des casses-cou de l'école et je ne jouais qu'avec les garçons. A l'école je travaillais bien et étais très sportive. Je m'entendais bien avec mes parents et le reste de ma famille.
De plus, (et c'était très important!) j'entretenais avec Maëlle une relation très fusionnelle (elle avait presque mon âge). Elle et moi n'étions pas dans la même école, ni dans la même ville, mias je l'aimais énormément, je parlais d'elle presque tout le temps, nous étions "inséparables" malgré la distance. Nous nous écrivions beaucoup dès que nous le pûmes, et tentions de nous voir le plus souvent possible. Nous nous imaginions des histoires où nous sauvions le Monde, et où nous fuyions des monstres tueurs d'enfants... Bref, le Paradis. Je me sentais presque des ailes dans le dos...
Arrivait le temps du collège.
Là-bas, plus question de jouer au loup, de courir, de s'amuser; bref, plus question d'être un enfant.
Au début, j'ai transgressé ces règles absurdes et continuais de jouer comme au primaire avec quelques autres "résistants". Mais on ne peut pas survivre longtemps hors-là-loi, dans un collège...
Les insultes, bourrades violentes et humiliations ont commencé à tomber comme dans la grêle dans une tempête, et le peu de "résistants" s'avouèrent vite vaincus.
Comme j'aurais voulu que Maëlle soit avec moi!
Bernadette, une fille de ma classe, continuait pourtant avec moi la "résistance". Nous étions mises à l'écart au quotidien, mais on s'en moquait. On se coursait dans la cour, on s'habillait n'importe comment, on se ramenait avec des couettes ou des tresses de petites filles.
La combinaison "gagnante" à 100%...
Même les surveillantes nous humiliaient devant les autres. "C'est pas vrai mais quelles gamines elles se croient encore à la maternelle c'est pas possible"...
Mais au fil des mois, je sentais monter en moi une sorte de malaise, je voyais certaines filles qui trainaient derrière elles des hordes d'amies, elles arrivaient avec de beaux habits, de belles coiffures... et Bernadette commençait à les suivre, à vouloir faire comme elles, parler comme elles...
Moi aussi je voulais être respectée, j'en avais assez des moqueries, et des humiliations.
J'en parlais à mes parents qui s'insurgèrent: "continue de vivre ta vie à toi! Regarde ces filles, elles ne parlent sûrement que de fringues de mecs et de maquillage, ne te laisse pas embarquer avec elles; de toute façon c'est hors de question de t'acheter de nouveaux habits, les tiens te vont encore et ne sont pas trop abimés... Sois fière de ce que tu es!"
Bernadette finit par intégrer un des groupes et me laissait seule.
Et être seul dans une cour de collège, c'est comme être un bout de viande bien saignante au milieu de fauves affamés.
Les autres se déchaînèrent. J'ai eu droit à des insultes, humiliations, crachas (de vrais gros crachats en plein visage), et des coups (de pieds, de poings...). La raison principale? Mes vêtements et ma solitude.
Mes notes commencèrent à baisser, et mes parents, à exploser.
Le collège fut un tournant très douloureux pour moi. Je ne parlais plus à personne, je m'asseyais dans un coin et attendais que les pauses se terminent, si possible, au plus vite. Je n'étais pas seule dans mon cas, il y avait d'autres boucs-émissaires, et en les suivant du regard et en les observant, j'ai appris quelques techniques pour éviter les coups: s'enfermer dans les toilettes par exemple, en espérant que les pionnes ne le remarquent pas.
Je me suis accrochée à Maëlle comme à une bouée de sauvetage. Je n'avais plus qu'elle...
Mais un jour, elle me dit qu'elle avait pleins d'autres meilleures amies que moi, qu'elle avait fait connaissance de pleins de filles géniales dans sa nouvelle école, que elle, elle avait maintenant des tonnes d'amies... elle savait très bien que je souffrais de solitude, par quelques lettres que je lui avais envoyé. Elle commençait à me demander mes résultats à l'école pour les comparer aux siens, et disait à qui voulait l'entendre que j'étais jalouse. J'ai pris cela comme une gigantesque raclée dans la figure... Comment pouvait-elle oser dire cela...?
J'ai continué mon chemin avec une nouvelle souffrance à porter. De toutes, elle restera la plus cruelle.